Un sport (d'hiver) dont la popularité explose.

Par Dr Michel Cerfontaine

 

 

Rapidité et précision : le biathlon.

Il était une fois…

Sans commettre d'erreur historique, on peut estimer que le biathlon est né le jour où un homme non rassasié par sa cueillette est parti à la chasse, muni de son arme de fortune, en quête de gibier. Les peintures rupestres constituent le premier témoignage d'une activité alliant vitesse et précision., qualités de base du biathlète moderne.

Plus prosaïquement, la première compétition combinant ski de fond et tir remonte à 1767 lorsque les douaniers suédois et norvégiens décidèrent de mesurer leurs aptitudes physiques.

Il faudra attendre presque deux siècles (1958) pour que les premières compétitions et le premier championnat du monde voient le jour. Ce n'est que tout récemment en 1984 que les dames seront autorisées à y participer.

Squaw Valley inaugurera en 1960 les premières épreuves olympiques masculines et Alberville en 1992 fera preuve de moins de misogynie en invitant les dames à participer à la grande fête du sport.
Le succès du biathlon aux J.O. ira croissant jusqu'aux récents J.O. de Salt Lake City où il a remporté un énorme succès populaire et médiatique.
La qualité du spectacle, le suspens, le mariage de l'effort et de la précision n'y sont pas étrangers.
Soutenu et structuré par une dynamique fédération internationale (International Biathlon Union), le biathlon sera, à n'en pas douter, une discipline phare des J.O. de Torino 2006.

La discipline :

Ou comment allier une activité physique considérée comme étant une des plus exigeantes, le ski de fond (en technique skating), à une activité nécessitant adresse, calme, maîtrise, le tir de précision à 50 mètres (22 LR).
Des parcours athlétiques de 10, 12,5 ou 20 km entrecoupés de 2 ou 4 séries de 5 tirs où les athlètes doivent atteindre 5 cibles métalliques de 4 cm de diamètre en position couchée ou de 11 cm de diamètre en position debout.
Une pénalité d'un tour de 150 mètres par tir raté pour le 10 km ou d'une minute pour le 20 km.
Le chrono est enclenché au départ et arrêté dès la ligne d'arrivée franchie, temps de tir compris.

L'interview

Quelques questions à notre " monsieur biathlon de la fédé. ", le Docteur Michel Cerfontaine:

Q : Le biathlon est ce une réalité en Belgique ?
R : Oui, depuis 4 ans, la Fédération Belge de Ski est membre de l'I.B.U. (International Biathlon Union) pour promouvoir cette activité sportive hivernale dans notre pays.
C'est la Fédération Francophone Belge de Ski qui a été la pionnière dans notre pays en soutenant avec l'aide de l'Adeps nos premiers compétiteurs, en les inscrivant en coupe d'Europe et du Monde et en assurant la promotion du biathlon en Communauté Française.

Q : Des compétiteurs en coupe d'Europe et du Monde ?
R : Aussi incroyable que cela puisse paraître 4 athlètes belges ont déjà pris part aux manches de la Coupe du Monde dont deux francophones Frédéric Lahaye et moi même , premiers inscrits en compétition internationale.

Q : Et les résultats ?
R : Encourageants si l'on considère les difficultés que nous rencontrons pour l'entraînement spécifique c'est à dire le manque de neige et d'infrastructure en Belgique.
Nous ne possédons pas de stand de tir biathlon, pas de cible spécifique, la législation sur les armes en Belgique est draconienne et les horaires d'ouverture des stands étriqués.
Alors nous nous entraînons en ski à roulettes, en biathlon d'été (course à pied et tir) et effectuons des stages à l'étranger.
Au delà de cela, le plus important était d'apprendre la discipline, de la comprendre, de la structurer chez nous, de former un staff compétent. C'est en bonne voie.

Q : Et pour la promotion ?
R : Je pense qu'elle a déjà porté ses fruits. De 2 biathlètes en 1999, nous sommes passés actuellement à une quinzaine. Cela peut paraître logique pour une discipline jeune mais les contraintes sont telles que cela représente un résultat encourageant. On sent un intérêt certain pour la discipline. D'autant plus que l'armée belge est très intéressée et désire s'y investir.

Q : Que manque-t-il pour améliorer son développement ?
R : Des sponsors et des athlètes.

Q : Pensez-vous qu'il s'agisse d'un sport d'avenir chez nous au vu du manque d'enneigement que vous évoquiez tout à l'heure.
R : A moyen terme, je pense que le biathlon est la seule possibilité qui s'offre à nous, petit pays plat sans neige, de réaliser collectivement de bons résultats dans une discipline " sport d'hiver ".
Toutefois, l'avenir du biathlon belge devra passer par le biathlon d'été (course à pied et tir) qui selon moi est la discipline à promouvoir. Nous avons suffisamment d'excellents coureurs pour envisager son développement chez nous. D'autant plus qu'une priorité de l'IBU est la mise en place d'une coupe du monde d'été sur le schéma hivernal.

Q : Comment développer ce biathlon d'été?
R : D'abord, en sondant l'intérêt des athlètes pour cette nouvelle discipline, ensuite en impliquant les stands de tir car nous avons besoin de leurs infrastructures. C'est une réelle opportunité pour la fédération de tir de collaborer avec nous.

Q : Pratiquement, si l'on désire faire du biathlon cet hiver comment procéder ?
R : Prendre contact avec la FFBS, s'y inscrire, participer aux courses et championnats de ski de fond en Belgique. La condition sine qua non est la qualité du ski. Les parcours de biathlon sont très techniques et très éprouvant.
Pour devenir un sport de masse, la plus grosse difficulté reste le tir. L'arme est spécifique et cher (1500 à 2000 euros). Son acquisition ne peut se réaliser qu'une fois le permis de détention d'arme obtenu (durée de minimum 3 mois avec examens pratiques et théoriques) et inscription dans un stand de tir.

Q : En guise de conclusion :
R : En terme d'audience télévisée, le biathlon est le premier sport d'hiver en Allemagne et en Scandinavie. Suspens, retournements de situation, indécision jusqu'à la ligne d'arrivée en font un véritable spectacle. Il est un sport propre, vierge d'histoire de dopage et de scandale financier. Pour tout cela, il mérite d'être connu du grand public et médiatisé.